🤿 « may the luck be with you »

Rapper et acteur britannique d’ascendance Pakistanaise, Riz (de son prénom complet Riwan) est né aux Royaume Uni.
 
Il qualifie son parcours scolaire et professionnel comme « une succession de coups de chance ». Après avoir été dans une Private School, Riz est entré à Oxford avant d’entrer en école de théâtre. Issu d’un milieu modeste, Riz explique avoir failli abandonner ses ambitions théâtrales par manque de moyens financiers pour payer sa scolarité. C’est grâce à l’obtention d’une bourse et le soutien d’une mécène qu’il parvient à le faire.
 
Une fois diplômé, Riz évoque le sentiment de désarroi qu’il ressent face à un monde culturel homogène où les (rares) personnes issues de la diversité sont reléguées aux rôles secondaires – et clichés. Selon lui, c’est à force de travail et – encore – de chance qu’il a su se faire une place dans les plus grands films actuels – comme Star Wars (2016).
 
Outre ce plafond de verre ethnique, Riz explique avoir dû apprendre les codes sociaux des environnements – nouveaux – qu’il côtoyait au fur et à mesure de son évolution. « C’était un choc culturel, je n’avais pas eu l’info concernant le dress code formel » dit-il de son premier jour à Oxford dont l’atmosphère lui a beaucoup pesé.
 
« Pourquoi aller dans une école de théâtre, quel avenir y a-t-il pour moi dans le fait de jouer chauffeur de taxi n°2 » Riz Ahmed, 2017
 
À chaque fois qu’une personne asiatique apparaissait à la télé, le cri « Asiaaaaaaan » retentissait dans la maison où habitait la famille de Riz. Alors, quelle que soit l’activité
 
Malgré ces réussites apparentes, Riz insiste sur le fait que son parcours – comme celui d’Obama ou d’autres célébrités issues de la diversité – relève de l’exception plus que de la norme.
 
« Je ne peux m’empêcher de penser à celleux qui se sont arrêté·es à un de ces obstacles [que j’ai surmonté] » Riz Ahmed, 2017
 
C’est cette conscience à l’esprit que Riz milite pour la représentation, l’accessibilité et la diversité dans la culture ; en préconisant tant d’accompagner, former, financer, et de transmettre les codes nécessaires aux personnes sous-représentées de s’intégrer dans ce domaine.
 
« Ces exemples sont l’exception qui confirment la règle. Les plus grands succès peuvent cacher des problèmes structurels. Obama a occupé la Maison Blanche. Il y a pourtant eu besoin du mouvement Black Lives Matter. Je prends l’avions pour assister à l’avant-première de Star Wars, et j’ai encore droit à une deuxième fouille corporelle avant d’embarquer. » Riz Ahmed, 2017
 
C’est cette vision et cet engagement qu’il partage dans ses prises de parole, comme à la House of Commons Londonienne.
 

💡snack break - on

Tu connais le biais des survivant·es ?
 
Imagine, tu découvres la natation (au hasard). Tu te prends de passion pour ce sport et, petit à petit, tu te dis que tu en ferais bien ton projet professionnel. Après tout, pourquoi pas ? Laure et Florent Manaudou ont bien réussi, tout comme Camille Lacourt ou Michael Phelps.
 
Pourtant, parmi toutes les personnes qui ont nourri cette ambition, ces nageur·ses que je viens de te citer représentent une minorité. Mais ton cerveau – tout comme le mien – garde à l’esprit ces histoires de succès et non celles ce tous·tes les autres qui ont essayé…. et ont échoué.
 
Pas de doute, nous souffrons du biais des survivant·es ! Ce raccourci mental consiste à tirer des conclusions (hâtives) positives en occultant la majorité pour ne garder que les réussites.
En remettant en perspective son succès individuel vs. la réalité du terrain natatoire, Riz nous évite de tomber dans ce piège fort alléchant.
 
PS : on pourrait aussi appeler ce biais « quand on veut on peut » mais c’est sûr que ça sonne moins bien.
 

snack break - off💡


🦐 son engagement pour la représentation et l’égalité des chances

En plein vote du Brexit en 2017, Riz s’est rendu à la House of Commons pour défendre l’importance de la diversité et de la représentativité dans la création d’une nation unie.
 
 
Video preview
 
Voici quelques extraits de son discours, traduit par mes soins en bord de bassin👇🏾
« Il y a beaucoup que les acteur·rices, les politiques, les créatif·ves et les membres du gouvernement partagent beaucoup de choses en commun. […] Nous avons tous·tes un grand rôle dans la création de la culture. Et nous le faisons de la même manière : en racontant des histoires […]. Dans ces histoires, les gens cherchent la même chose : savoir qu’elles appartiennent au groupe, qu’iels font partie d’un tout et qu’elles sont vues, écoutées et que leur expérience est valorisée – malgré ou plutôt grâce à l’unicité de leur expérience. Iels veulent être représenté·es. C'est le jeu que nous jouons. Et ça me peine de l’admettre, mais nous avons échoué à cette mission. Et lorsqu’on échoue à représenter les gens, iels arrêtent. Iels arrêtent leur télé, de voter, et iels se réfugient dans des récits alternatifs ; parfois dangereux […]. La représentation n’est pas la cerise sur le gâteau. Ce n'est pas un coup d'adrénaline. C'est un aspect fondamental de ce que les gens attendent de la culture et de la politique. Si on ne représente pas, on perdra la bataille de trois manières : En premier, nous allons perdre des gens dans l’extrémisme, Ensuite, nous allons perdre l’envie des individus et de la communauté à tendre vers plus grand que soi, Et enfin, nous allons perdre les bénéfice économiques que la représentation peut nous apporter »
 
« Il y a un report récemment que Ruby McGregor Smith a donné récemment sur la diversité dans notre économie qui disait que si les travailleur·ses noir·es avaient accès à des promotions au même salaire au même rythme que leurs homologues blanc·hes, cela pourrait ajouter 24 milliards de pounds à l’économie anglaise chaque année. Il y a de la place pour tout le monde. Et si l’on regarde le Box Office, une étude de la Fondation Bunche a montré que les films au casting et équipe de production les plus divers enregistraient de meilleures performances à la Box Office Américaine. Normal puisqu’ils touchent un public différent – plus étendu.. »
 
« Ces exemples sont l’exception qui confirment la règle. Les plus grands succès peuvent cacher des problèmes structurels. Obama a occupé la Maison Blanche. Il y a pourtant eu besoin du mouvement Black Lives Matter. Je prends l’avions pour assister à l’avant-première de Star Wars, et j’ai encore droit à une deuxième fouille corporelle avant d’embarquer. »
 
« Les statistiques racontent une histoire quelque peu inquiétante. Le Skillet Census montre qu’entre 2009 et 2012, la participation des noir·es et minorités ethniques a baissée de 10% à 3% dans la production télévisuelle et cinématographique. De 10% à 3%. »
 
Sa conclusion ? Nous avons besoin de créer des organes de décision à l’image des gens pour que celleux-ci se sentent inclu·es / pris·es en compte dans le processus démocratique. In fine, ce qui se joue aujourd’hui, c’est « sommes nous capables (ou non) d’avancer ensemble ? […] Si on ne s’affirme pas pour raconter des histoires représentatives de la diversité de la population, nous allons commencer à perdre des gens. Nous allons perdre des gens pour d'autres récits »
 
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Si tu veux explorer ce sujet de la réussite en tant que personne minorisée, tu peux aller faire un tour du côté la Ploufletter sur le mérite ou celle sur l’influence que l’héritage migratoire pouvait avoir sur les trajectoires de nage.

🦀 le riz test

Je te le concède, prononcé à la française, ça donne « riz test ». Mais on ne parle pas de nourriture puisque toutes les lettres du nom de ce test se prononcent.
 
Le Riz Test est né après la prise de parole de Riz Ahmed en 2017 à la House of Commons où celui-ci déplorait le manque de diversité à l’écran, surtout concernant les personnes musulmanes. Inspiré par celui-ci Sadia Habib and Shaf Choudry – les fondateur·rices du test – ont choisi son nom en guise d’hommage. Averti en 2018, Riz saluera l’initiative.
 
💡 Mais qu’est-ce que ce test ?
Tout comme le Test de Bechdel* – permettant d’indiquer le degré de sexisme d’un film –, le Riz Test te permettra d’évaluer le degré d’islamophobie** d’une production cinématographique.
 
Le constat initial est simple : tout comme les femmes (ou les personnes issues de minorité), les musulman·es à l’écran sont majoritairement des personnages secondaires, à la trame narrative peu (ou pas) développée. Leur rôle est souvent le même : victime ou auteur·rice de violences. Pourtant, la population musulmane compte plus d’un milliard de personnes… et donc tout autant de manières de vivre (sa foi), et de personnalités.
 
Cette généralisation a outrance porte préjudice à l’image des musulman·es et, pour celleux concerné·es, offre une quantité infime de role model. Dans son discours à la House of Commons, Riz décrit la joie et l’excitation ressentie en voyant à l’écran des personnages de sa carnation et de sa confession – d’autant plus grandes que rarissimes.
 
C’est pourquoi le Riz test est né : dénoncer et rendre visible le manque de représentation.
 
 
Voici donc les cinq questions à se poser 👇🏾
Si le film/série met en scène au moins un personnage clairement identifié·e comme musulman (par son origine ethnique, sa langue ou sa tenue vestimentaire) - le personnage est-iel...
  1. En train de parler, victime ou auteur·rice d'actes de terrorisme ?
  1. Présenté·e comme irrationnellement en colère ?
  1. Présenté·e comme superstitieux·se, culturellement arriérée·e ou opposé·e à la modernité ?
  1. Présenté·e comme une menace pour le mode de vie occidental ?
  1. Si le personnage est masculin, est-il présenté comme misogyne ? Ou, si c'est une femme, est-elle présentée comme opprimée par ses homologues masculins ?
 
Si la réponse à une de ces questions est oui, alors le film ne passe pas le test.
 
🏊‍♀️
Si la représentativité et la notion de role models à l’image de la population te parlent, go découvrir les portraits de Marley Dias et Amanda Gorman
 

👀 pourquoi on kiffe ?

Perso, trois choses m’ont marqué dans son discours et son engagement. Je te les partage avant de te laisser aller nager vers d’autres horizons 👇🏾
  1. L’approche structurelle : pouvoir séparer les parcours individuels des ressorts systémiques.
 
  1. Sa réflexion est centrée sur le Royaume Uni et le secteur culturel, mais ce que Riz décrit s’applique à bien d’autres domaines où l’on manque et de diversité et de représentation. Par exemple, beaucoup d’entreprises clament être impliquées dans la diversité, mettant en avant le parcours d’UN·E personne issue de minorité « successful et bien intégrée ». Mais l’exception ne fait pas la règle – et la diversité ne se clame pas dans un parcours pro. Le rappel de Riz, c’est que lutter pour l’égalité, c’est quotidien. Il est grand temps de sensibiliser, former et accompagner les collaborateur·rices en interne à créer un espace safe pour accueillir cette diversité tout en favorisant des trajectoires multiples. (Si besoin d’aide, envoyez un mail à La piscine)
 
  1. Et on fait quoi en attendant ? #yourvoicematters Le monde natatoire ne va pas changer en un jour. Alors Riz nous encourage à prendre la parole, construire nos propres plateformes, et créer nos histoires en attendant la fin (des inégalités). Je te laisse donc avec sa citation : « Je pense que l'une des choses les plus importantes est que les gens racontent des histoires qu'ils reconnaissent et connaissent, et donc nous devons nous demander qui sont nos conteurs ? Qui détient le mégaphone ? Qui possède les plateformes d’expression ? Et la réponse à cette question, c’est que c'est un groupe de personnes très biaisé socialement ; qui n’est pas vraiment diversifié. Donc, à vous de construire votre propre mégaphone.» Je ne sais pas toi, mais moi, ça me donne envie de construire une piscine olympique, pour que chacun·e puisse trouver sa ligne de nage et hurler au mégaphone ses récits.
 
👋
Envie d’apprendre à te connaître ? De créer une vo·i·e à ton image ? Viens faire le point sur ton parcours avec La culbute, le parcours introspectif by La piscine. On t'accompagne pendant 30 jours à (re)mettre du sens dans ta vie natatoire. Tu y trouveras fiches, exercices et inspiration pour trouver ta voie et prendre ta place 🤿
 

🛠 quelques ressources pour aller plus loin

→ Le livre Noire n’est pas mon métier initié par Aïssa Maïga
Un article de VICE Canada sur le Riz Test et avec quelques exemples de films analysés sous ce prisme.
 
 
 
©Apolline 🐋 pour La piscine, 19/10/2023
 
* Pour les curieux·ses, le test de Bechdel repose sur trois questions :
  1. Y a-t-il au moins deux femmes nommées dans l’œuvre ?
  1. Parlent-elles ensemble ?
  1. Et parlent-elles de quelque chose qui n'a pas de rapport avec un homme ?
 
Si la réponse à une de ces questions est oui, alors le film ne passe pas le test.
 
⚠️ Attention, ce test ne te permet pas de savoir si le film que tu regardes est féministe, il sert uniquement à mesurer le degré de sexisme de l’œuvre.
 
 
•• Islamophobie : « Se définit par la peur, les préjugés et la haine envers les musulman·es. Ces phénomènes peuvent conduire à la provocation, à l'hostilité et à l'intolérance, qui se manifestent par le biais de menaces, de harcèlement, d'abus et d'intimidation envers des musulmans et des non-musulmans, à la fois dans le monde en ligne et hors ligne. Motivé par une hostilité institutionnelle, idéologique, politique et religieuse qui peut se transformer en racisme structurel et culturel, l’islamophobie cible les symboles et les pratiquants de la religion musulmane. » (Source : Les Nations Unies)
 

 
©La piscine média, 2022 - 2023, site par Apolline 🐋